02 - 08 - 2025
« Les métiers d’agent et d’avocat en droit du sport sont étroitement liés »
Axel Glodé, Calidifontain de 25 ans, est à la fois avocat, anciennement agent … mais également joueur actif dans le football provincial liégeois. Entre des transferts réalisés au PSG ou au Shaktar et un parcours lié au Brésil, l’homme nous évoque sa profession.
Ceux qui suivent un tantinet le football provincial liégeois ont déjà probablement déjà pu lire son nom dans les colonnes des journaux en P2 ou encore en P3, du côté de Saive, Vaux-Chaudfontaine et dernièrement Fléron. Mais s’il côtoie le monde amateur comme joueur, Axel a intégré le monde du foot professionnel via son métier, lui qui officie actuellement comme avocat au sein du cabinet Troxquet-Lambert entre Verviers et Bressoux. « Je n’ai pas encore le titre de spécialiste en droit du sport », précise-t-il d’emblée. « Pour ça, il faut faire au moins 8 ans au Barreau de Liège et fournir des preuves. Cela étant dit, le droit du sport en tant que tel n’existe pas vraiment. Ce sont pleins de types de droits qui sont mêlés, incorporés au domaine du sport. »
Une donne qui ne l’empêche cependant pas de préciser les phases par lesquelles passe un avocat en droit du sport. « Il y a d’abord celle du mercato. Dès qu’un agent a besoin de rédiger un contrat pour un joueur, il va m’en demander un. Dans l’autre sens, si un agent reçoit un contrat d’un club pour le joueur qu’il représente, il peut venir me demander mon avis d’avocat par rapport à ça. Là, on entre en contact avec la cellule juridique du club en question. L’agent va enfant chercher les contacts avec les clubs, dvc chercher à savoir quelles sont les demandes et besoins des clubs. Dès qu’il y a une offre formulée, l’avocat intervient pour tout ce qui est contrat et clauses. »
Axel tient alors à nous donner un exemple concret qui concerne le transfert de Leonardo Bonucci au Fenerbahce. « Bonucci est à ce moment-là en Allemagne, à l’Union Berlin. Il s’est disputé énormément avec son coach parce qu’il ne jouait pas en Ligue des Champions. Du coup, au mercato d’hiver, il a voulu partir. Son agent a essayé de lui trouver une porte de sortie, c’est là qu’il est entré en contact avec Fenerbahce. Nous, on entre en jeu en recevant une proposition. On formule nos observations vis-à-vis des clauses qui sont un peu contraires pour le joueur, qui ne vont pas l’avantager. Par exemple, les clubs veulent parfois détenir la totalité des droits d’image d’un joueur, nous on cherche à obtenir un certain pourcentage dessus pour lui. Des clubs peuvent imposer des conditions même parfois toutes bêtes dans les contrats comme rencontrer un certain nombre de fois les supporters. On intervient là où le joueur n’est pas forcément d’accord avec ce qui est demandé. Puis, c’est à eux de se mettre d’accord sur un montant. Au mercato, dès qu’il y a un souci juridique, on va intervenir, comme dans un travail d’avocat traditionnel. »
Vient ensuite la période hors-mercato. « Là, on peut penser à tous les types de litiges possibles entre un club et un joueur ou même entre deux clubs : si un club ne paye pas les indemnités de transfert, s’il y a un conflit pour un non-paiement de salaires, … Un club peut introduire une procédure devant la FIFA, seulement si ça a une dimension internationale. Si c’est entre le Standard et Charleroi, ça n’ira pas mais bien pour un conflit entre le Standard et Nantes par exemple. En droit du sport, l’arbitrage prévaut beaucoup, c’est une des particularités de ce milieu. Dans le Sport, on ne parle pas de tribunal classique mais de tribunal arbitral du sport, qui est en l’occurrence basé à Lausanne. C’est une procédure onéreuse mais qui va plus vite qu’une procédure de droit commun. Même en Belgique, il y a une cour d’arbitrage à Bruxelles. »
Outre le métier d’avocat, Axel a également eu une casquette d’agent de joueur par le passé. «J’ai obtenu ma licence d’agent en mai dernier avant de commencer le Barreau en août. Je me suis occupé des transferts de Belardo et Moscardo au Paris Saint-Germain, de plusieurs transferts de Bésiliens au Shaktar, de celui de Douglas Costa (ex-Bayern, Juventus, …) à Fluminense … J’ai aussi travaillé avec d’autres agences qui ont de tout gros joueurs. J’ai eu sous les yeux les contrats de Rodrygo et Militao pour le Real Madrid. J’ai également pu discuter avec Richarlison en visio quand il était à Tottenham, à une époque où il avait beaucoup de problèmes privés et pour lesquels on a du intervenir. Un agent est constamment au téléphone avec les dirigeants pour voir leurs demandes. Tu vas aussi voir les matches le week-end, car les joueurs sont de plus en plus demandeurs. C’est un métier où il faut vraiment se plier aux attentes des joueurs mais de plus en plus des parents également. »
Tous les contacts noués viennent en partie de son parcours au Brésil. « Après mes 5 ans de Droit à l’ULiège, j’ai fait un master complémentaire en droit international du sport à Madrid de janvier 2023 à juin 2023. En fonction de ton parcours, le programme académique te proposait des opportunités qui matchaient avec ton profil et tes résultats. Plusieurs opportunités se sont présentées à moi dont une au Brésil, sur laquelle j’ai directement sauté. J’ai travaillé pour le cabinet Tanuri Ribeiro, basé à Sao Paulo. Il y a un réseau extraordinaire de joueurs au Brésil en plus d’une culture foot folle. Commencer mon aventure en droit du sport là-bas m’a appris énormément, les Brésiliens sont extrêmement convoités. Je suis allé dans des stades pour voir comment les négociations se passaient. Il y avait constamment des procédures car beaucoup joueurs ne sont pas payés. J’étais donc directement dans le vif du sujet. Comme avocat, je bosse aussi avec des structures d’agent qui ont besoin d’avocats justement. Pour légaliser les contrats. Les métiers d’avocat en droit du sport et d’agent sont étroitement liés. Ce n’est juste pas l’avocat qui va aller contacter les clubs et négocier avec eux. »
Comme avocat, si Axel a bien un seul conseil donné à nos lecteurs, aussi « bateau » soit-il, c’est bien celui-ci. « Le conseil que je donne souvent, c’est de savoir si on a bien compris ce qu’on s’apprête à signer, si tous les termes du contrat sont compréhensibles, si le jargon juridique est compris. Si on est pas sur ou qu’on a la moindre hésitation, il faut consulter un professionnel. Notre rôle est de savoir ce qui est concevable ou non. »
Quant à savoir si une plate-forme telle qu’Opportunity Players peut être utile … « Des plateformes comme ça existent déjà au niveau du monde pro. Mais elles coûtent bonbon. Je crois qu’Opportunity Players peut surtout aider à dynamiser le monde amateur. Une telle structure peut aussi aider les agents si elle explose car certains clubs professionnels ne veulent travailler qu’avec certains agents et en refusent d’autres. Pour les joueurs, ça peut permettre à certains profils de se faire connaitre, même pour les jeunes qu’on voit intégrer de plus en plus les équipes premières. Puis, en comparant le football à d’autres sports, on y devient beaucoup plus vite professionnel. Dans d’autres sports, même certains pros ont du mal à gagner leur vie. Dans l’autre sens, ce sont aussi des disciplines où, parce qu’elle sont sous-médiatisées, certains problèmes, juridiques aussi, peuvent être plus vite mis sous l’éteignoir. Car il y a également énormément d’abus dans d’autres sports que le football. Une telle plateforme peut être sympa afin de voir les recherches précise des clubs. Souvent, dans le foot amateur, les joueurs attendant un appel d’un club. Dans l’autre sens, les clubs n’osent pas contacter tel joueur car ce dernier est dans son club depuis plusieurs années et ils pensent qu’il n’en partira jamais, alors qu’en réalité, le joueur a des envies d’ailleurs. Des destins manquent de se croiser. Chez les joueurs amateurs, ça reste assez rare d’aller trouver un coach d’un autre club pour qu’il le recrute. Dans le monde pro, le rôle d’agent est justement de jouer cet intermédiaire. En amateur, il n’y a pas d’agent, on attend plus vite l’appel d’un club. La plateforme pourrait permettre aux entraineurs de clubs amateurs d’agrandir leur réseau et de s’intéresser à des joueurs qu’ils ne connaissent pas forcément. »
Joachim Gilles
Média Opportunity players
Ready to expand your sports network?
Connect to Opportunity Players and join athletes, coaches and clubs to support you in every step of your journey.
Try for free